C’est sur une route forestière, entre Villard et la petite chapelle de l’ancien hameau de Valchevrière, qu’a été érigé un Chemin de Croix, en souvenir des événements qui ont bouleversé la région en 1944.
Les stations du chemin de Croix
VALCHEVRIÈRE est un hameau du Villard-de-Lans, séparé du bourg par huit kilomètres de route forestière. Il s’y dresse une petite chapelle, où, de temps immémorial, se fait chaque année, au 8 septembre, un pèlerinage auquel participent toutes les paroisses du canton.
C’est sur cette route forestière, entre Villard et la petite chapelle, qu’a été érigé un Chemin de Croix, en souvenir des événements qui ont bouleversé la région en 1944.
Le 16 juin 1944, les Allemands, après avoir incendié Saint-Nizier, investissaient le Villard. C’est alors que la Paroisse fut mise sous la protection de Notre-Dame. Elle lui fit le vœu de célébrer désormais solennellement le pèlerinage de Valchevrière, le 8 septembre, par un Chemin de Croix, auquel prendrait part la population, tout au long des huit kilomètres de la route.
A peine ce vœu avait-il été fait, que les combats du Vercors allaient donner un sens nouveau et beaucoup plus ample au pèlerinage promis.
C’est par cette route que la plupart des jeunes gens du pays rejoignirent les troupes de la Résistance. Et c’est dans la petite chapelle de Valchevrière que, le 14 juillet, beaucoup d’entre eux assistèrent à leur dernière messe. Pendant un mois, c’est entre le Villard et Valchevrière que passait le front de combat. Le hameau de Valchevrière était un centre de résistance, défendant le massif du Vercors proprement dit, où les forces françaises étaient concentrées. Le 23 juillet, malgré l’héroïsme des défenseurs, les Allemands réussirent à s’emparer du hameau et l’incendièrent.
Depuis deux jours déjà, ils avaient pénétré profondément dans les lignes françaises, en attaquant sur tout le pourtour du massif, et en descendant en planeurs à Vassieux. Dans tous ces combats, et particulièrement à Vassieux, les pertes en vies humaines furent terribles. Beaucoup de ces victimes appartenaient aux paroisses du canton. En dehors des combats, l’ennemi s’acharnait à exterminer les jeunes hommes. Et, à la veille même de la Libération, le 14 août, ce sont vingt jeunes gens du canton, dont dix-sept du Villard, qu’il massacra à Grenoble au Cours Berriat.
Non seulement on ferait chaque année, en rappelant leur sacrifice, le pèlerinage promis, mais on construirait une œuvre capable de braver les siècles, et qui fixerait ce souvenir dans une matière indestructible. On bâtirait treize petits oratoires (un tous les 5oo mètres environ). Ce serait les stations traditionnelles du Chemin de la Croix, la quatorzième étant la vieille chapelle, restée intacte au milieu du hameau incendié.
Pour que l’œuvre dure plusieurs siècles, on ferait des édifices solides, construits en matériaux du pays, la belle pierre dont sont faites les maisons montagnardes et les " lauzes " qui couvrent le haut de leurs murs. Pour que l’œuvre soit belle, on choisirait les sites les plus pittoresques, et chaque oratoire serait adapté au paysage. A chaque station, une des scènes de la Passion du Christ serait représentée *. Et sur l’un ou l’autre des monuments seraient gravés les noms des jeunes hommes tombés au combat ou massacrés par l’ennemi.
L’œuvre fut entreprise aussitôt sous la direction artistique de M. Pouradier-Duteil, architecte à Grenoble. Une souscription populaire, ouverte au Villard-de-Lans, et à laquelle participèrent les paroisses voisines et des amis du. Vercors, permit de couvrir les premiers frais et de poursuivre sans délai l’achèvement de l’entreprise. L’ensemble était terminé en automne 1947.
Et le Chemin de Croix de Valchevrière fut inauguré solennellement par Mgr Caillot, Évêque de Grenoble, le 12 septembre 1948.Avant même que les stations fussent construites, en septembre 1944, plus de 500 personnes avaient escorté, sous une pluie battante, les hommes qui portaient une lourde croix de bois depuis le Villard jusqu’à la Chapelle de Valchevrière, où une messe fut célébrée. C’était le 17 septembre. Le terrain venait à peine d’être déminé.Les années suivantes le nombre des participants est allé en progressant, doublé d’abord, puis triplé. Cette montée solennelle du Chemin de Croix se fait régulièrement chaque année le dimanche 8 septembre, ou le dimanche qui suit le 8 septembre.
Introduction de l’opuscule "Valchevrière, le chemin de croix du Vercors, Grenoble 1950
* Note sur les plaques de lave émaillée de chaque monument :
les maquettes ont été peintes par Mr COQUET, peintre verrier, professeur à l’École des Beaux-Arts de Lyon. Et les plaques ont été émaillées à RIOM, par Mr. SEURAT, à l’usine de Saint-Martin.
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